En envoyant la revue "Chalue"

Vous dormez déjà sous une poussière
Assez respectable,-insolente aussi,-
La gloire deux jours, puis, après, l'oubli,
Fut votre destin, compère et commère!

Le gai bataillon que vous conduisiez
Partage l'injure qui vous est faite:
Polin, Filuffy Ruffles et Paquerettes,
Apaches, Réclame, où sont vos lauriers.

Mais je veux vous dire un très joli conte:
C'est celui de la Belle au Bois Dormant
Que vint réveiller le Prince Charmant.
C'est aux anciens temps que cela remonte.

Pourtant on rencontre encore parfois...
-Des Princes Charmants?- non mais des Princesses
Il s'en est trouvé trois qui vous connaissent
Et n'ont pas encore oublié vos voix.

Elles ont voulu tenter l'entreprise
De vous réveiller de votre sommeil;
Elles l'ont voulu malgré mes conseils
Car je crains beaucoup que cela vous nuise.

Vous étiez jolis, certes, et pimpants,
Mais peut-être bien aussi pour plaire
Un peu de recul était nécessaire:
Celui de la rampe ou celui du temps.

Et vous n'aurez plus surtout le sourire
Que d'aimables bouches vous ont prêté
Il fit votre charme et votre succès,
Et privé de lui pensez-vous séduire?

Tachez-y pourtant car, entre vos mains
Est le sort des deux auteurs de "Chalue"
Ils ont de l'esprit, c'est chose entendue
Jusqu'à aujourd'hui, mais après demain!?

                                            26 août 1908

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