Dimanche 2 août 1914

Il parait que les allemands ont déjà ouvert le feu contre nos douaniers, il semble donc bien que l'époque dite des vacances se passera tout autrement que votre gentillesse me permettait de l'espérer. Je rejoins demain matin mon 23éme Colonial et je vais même tâcher de me faire habiller tout à l'heure..
Je pars, nous partons tous avec beaucoup de confiance et la gravité de ceux qu'on rencontre n'a rien de désolant. Ce seront pour ceux qui reviendront de magnifiques souvenirs, de ceux dont les coeurs restent ennoblis...

Mercredi 19 août 1914

Contrairement à tous les principes en pareille circonstance, je ne vous écris pas sur l'affût d'un canon mais confortablement installé sur un banc de la maison Ally frères, d'où je regarde dans un ciel magnifique évoluer des aéroplanes innombrables dont d'aucuns sont allemands et éveillent l'attention des mitrailleurs car nous sommes tout près de l'ennemi désormais et j'ai vu hier des chasseurs rapporter des casques à pointe pleins de sang, des fanions blancs et noirs et un tas d'autres dépouilles.
Je voudrais que M. d'Estournelle de Constant soit venu avec nous. Il aurait touché du doigt son erreur et constaté que la guerre est aussi ravissante qu'une bergerie. Rien n'est gai comme ce régiment, nos campements ont de petits airs de fête pleine d'élégance et nulle sombre pensée ne flotte sur nous.
Personne n'a l'air de prévoir que dans deux ou trois jours peut-être il y aura des absents à l'appel. Pour ma part je suis très rassuré, ma vie militaire a toujours été exempte d'anicroches et de soucis pour qu'une si belle carrière soit interrompu. Mais je rapporterai des souvenirs rares et qui peuvent modifier tout un esprit.
Au cas où une balle maladroite m'arriverait par erreur, je suis en bonnes mains, car hier, première figure de connaissance aperçue depuis la campagne, j'ai rencontré Guénu, le frère de la jeune fille que vous connaissez et le fils du chirurgien. Il est aide-major à ma brigade et nous a rejoint hier. Je l'ai vu avec un plaisir infini, tout heureux de retrouver un peu de ce que j'étais avant de partir ...







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