Sonnet


Vous regardez au loin les flots adriatiques,
Sous le soleil couchant rouler en vagues d'or,
Et Venise, à vos pieds, qui se tait et s'endort
Sur le sombre miroir de ses canaux antiques.

Vos yeux errent parmi les dômes, les portiques,
Allant de la Salute à San giorgia maggior,
Et le reflet s'y voit du merveilleux décor
D'un fabuleux passé de siècles dramatiques.

Et les gondoles vont en creusant des remous,
Portant les amoureux que l'ombre favorise;
- Et la nuit est divine, et les parfums sont doux,

Et pourtant votre rêve, éventé par la brise,
A cette heure idéale est bien loin de Venise,-
Et le mien le rencontre en s'en allant vers vous.

                                             Octobre 1905


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